La révolution blockchain : vers un monde décentralisé

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En Janvier 2009, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, un informaticien s'apprête à révolutionner le monde. Il publie le livre blanc à l’origine de la création du Bitcoin, crypto-monnaie qui acquiert une notoriété mondiale en 2013 lorsque son cours atteint les 1000$. Le Bitcoin est la première application d’une technologie qui pourrait aller bien au delà d’une simple monnaie virtuelle : la blockchain. Aujourd’hui, ESCadrille, le cabinet de conseil étudiant du digital analyse les enjeux contemporains de la blockchain, technologie prometteuse pour le futur des entreprises et de l’économie globale.

Qu’est ce que la blockchain ?


Il s’agit d’une nouvelle façon de stocker de l’information, de la préserver sans modification, d’y accéder et d’intégrer de nouvelles informations qui deviennent infalsifiables. Ces nouvelles données peuvent résulter de l’exécution d’une opération, d’une transaction ou de l’exécution « automatique » d’un programme informatique. Elles sont inscrites sur l’équivalent d’un vaste registre distribué, qui assure transparence et auditabilité. C’est un système décentralisé et crypté qui supprime les intermédiaires telles que les banques ou autres institutions lors d’une transaction.

Aujourd’hui, le marché des transferts monétaires à l’international représente plus de 500 milliards de dollars par an. Or près de 10% de commissions sont prélevées par des entreprises à travers le monde. La blockchain constitue une alternative bien moins coûteuse (seuls quelques centimes sont prélevés sur chaque transaction) et plus rapide (de quelques secondes à 1 heure, contre parfois plusieurs jours pour les transferts à l’étranger), via l’échange de crypto-monnaies, convertissables en monnaies traditionnelles. Toutefois, la blockchain appliquée à la finance n’est que la première étape vers une technologie capable de transformer l’économie toute entière.


Mythes sur la blockchain

L’architecture de la blockchain


Niveau 1 - Blockchain (Chaîne de blocs) A la base de cette technologie se trouve la blockchain ou “chaîne de blocs” : une base de données de toutes les transactions, regroupée dans des “blocs” et répliquée dans des milliers de nodes ou noeuds. Ces nodes représentent physiquement des dispositifs informatiques “dédiés” de tous les utilisateurs du réseau à travers le monde, tels que des ordinateurs personnels ou des serveurs.

Niveau 2 - Le protocole Le protocole de la blockchain - son système d’exploitation - est au dessus de la chaîne de blocs. Pour le Bitcoin par exemple, il est gratuit, libre de droit et open source. A l’image de Linux, il a les avantages du “Business Model” open-source : un code rigoureusement testé par tous les utilisateurs, des cycles d’amélioration rapides, et une confiance absolue dans le produit puisque personne ne le détient. En contrepartie il peut souffrir de la difficulté à faire des choix stratégiques par consensus.

Niveau 3 - Les Tokens Les tokens ou “jetons” (ie l’unité de Bitcoin lui même) sont la couche suivante. Ce sont les éléments qui sont échangés au sein du système et généré par les mineurs (le réseau de noeuds qui valident les transactions) comme récompense pour chaque transaction validée. Comme n’importe quel moyen d’échange, les tokens ont une valeur uniquement parce que les autres pensent qu’il a de la valeur. En 2010, la toute première transaction utilisant la blockchain est réalisée lorsque le hacker Laszlo Hanyecz échange 10 000 bitcoins contre 2 pizzas, représentant à ce moment environ 30 euros. Aujourd’hui ces bitcoins vaudraient 60 millions d’euros.

Il existe en 2018 de nombreux tokens, le Bitcoin restant le plus connu médiatiquement, mais pas nécessairement le plus prometteur.

Niveau 4 - Application et services Les applications et services forment la dernière couche de la blockchain et prennent la forme de portefeuille (logiciel permettant de stocker et gérer des tokens sur un smartphone ou un ordinateur). Dans les services on trouve par exemple les plateformes d’échanges qui convertissent les crypto-monnaies en monnaie fiduciaire. Il existe des centaines de produits et services liés à la blockchain et sont majoritairement développés par des start-ups. La blockchain et les tokens digitaux sont les deux éléments clés d’une architecture technique de quatre niveaux, pratiquement inaltérable et infalsifiable.


L’architecture de la blockchain

Le cas Ethereum


L’Ethereum est une nouvelle blockchain, qui seulement un an après son lancement, en Juillet 2015, atteignait une valeur de marché de 1 milliard de dollars. Elle est aujourd’hui la deuxième plus grosse capitalisation boursière. L’Ethereum a sa propre chaîne de bloc et token (1 éther = 353€), et un protocole qui ne supporte pas uniquement le paiement mais également des transactions programmables, aussi appelées smart contracts qui s'exécutent dans le code et non pas au travers de la Loi. Son créateur Vitalik Buterin décrit le réseau comme “l’ordinateur mondial”.

L’Ethereum agit également comme une plateforme permettant le développement d’applications ou de services décentralisés (dApps), fonctionnant sous la blockchain Ethereum. L’une des applications les plus prometteuses vient de Pologne et se nomme Golem : un superordinateur décentralisé combinant la puissance de calcul de chaque machine connectée au réseau. La puissance informatique peut être partagée et monétisée par les utilisateurs. En France, iExec ambitionne de développer le futur de l’internet et développe des bibliothèques et des outils open source pour permettre aux entreprises de profiter de la blockchain et du cloud décentralisé.

Une technologie stratégique pour les entreprises


A l’heure où le digital transforme radicalement les entreprises, la blockchain est une technologie encore jeune mais qui a le potentiel de révolutionner de nombreux les secteurs de l’économie globale. La blockchain devrait contenir 10% du PIB mondial d’ici à 2027, selon une enquête du Forum Économique Mondial de Davos en 2017. Des entreprises comme IBM ont déjà investi plus de 200 millions d’euros dans la blockchain des objets connectés.

Transactions et objets connectés La plupart des applications d’objets connectés (IoT) connectent des appareils qui ont le même propriétaire (ex. maison connectée), et ont juste besoin d’échanger des informations ou des instructions. Lorsque des appareils ont des propriétaires différents, ils doivent effectuer des “transactions”. Pour des petites sommes, ces échanges ne seraient pas efficients. Mais avec la blockchain, et notamment les “smart contracts”, des transactions entre appareils d’utilisateurs différents deviennent possibles et directes. Une voiture peut acheter une place de parking juste en se garant dessus à l’aide de capteur sous l’asphalte.

L’entreprise Allemande Slock.it a développé un prototype d’ordinateur sous la blockchain Ethereum qui joue le rôle de médiateur avec les objets connectés. L’ordinateur négocie la location d’une chambre à l’aide d’un smart contract et autorise un verrou connecté intelligent à ouvrir la porte lorsque le locataire arrive. La blockchain conserve l’acompte et remet les fonds lorsque le contrat est rempli. Ces exemples montrent comment la blockchain peut réduire l’intérêt non seulement de PayPal et du système bancaire mais aussi d’Airbnb.

Ubériser “Uber”


Tous les secteurs d’activités sont concernés par la blockchain et elle ne doit pas être considérée comme seulement liée au monde de la finance qui l’a vue naître. On peut déjà constater une réorientation dans les levées de fonds : alors que les ressources levées par ICO (Initial Coin Offering, lors de la mise sur le marché de “tokens”) étaient jusqu’alors pour des projets “financiers”, aujourd’hui les secteurs des médias, des jeux et de l’internet des objets deviennent les plus représentés.

La blockchain pourrait provoquer une véritable mutation dans la chaîne de valeur de la banque, l’assurance, mais aussi la logistique ou la santé. Les plateformes centralisées pourraient en pâtir : avec la désintermédiation, la blockchain a le pouvoir “d’ubériser Uber”. En matière de logistique, la blockchain pourrait être un outil révolutionnaire. Sans possibilité de falsification, le cycle de vie d’un produit se verrait alors certifié. Les secteurs industriels commencent petit à petit à implémenter la blockchain au sein de leurs usines 4.0.

Les enjeux pour le marketing


Les entreprises collectent plus que jamais des données sur les consommateurs, et cela constitue aujourd’hui un des plus important outil de décision. La blockchain permet de rendre le marketing digital data-driven encore plus performant, et transparent en validant et analysant le parcours des consommateurs grâce à des publicités ciblées, vérifiées et garanties par un contrat intelligent. Les équipes marketing pourront contrôler exactement où leurs annonces sont placées, annulant ainsi le risque de fraudes par des robots en assurant l’engagement des clients avec leur publicité.

Les entreprises, entrepreneurs et collectivités doivent rester au fait de ces mutations technologiques qui forgeront le monde de demain. Au delà de sa forte médiatisation, la blockchain apporte une valeur stratégique pour les entreprises en leur permettant à la fois de réduire leur coût sans pour autant faire état de “désintermédiation” de même qu’à plus long terme, la possibilité de créer de nouveaux business models. Cependant, à court terme les difficultés de scalabilités sont des facteurs limitants au développement pour certains types d’acteurs économique. Toutefois, les entreprises qui ont la possibilité d’intégrer réellement la blockchain comme solution pour leur marché devraient amorcer le pas, dès maintenant.