Toulouse, berceau de la dronautique

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Vous en avez peut-être déjà vu voler au-dessus de chez vous, votre entreprise en utilise peut-être dans son quotidien et vous avez sûrement déjà regardé un film avec des scènes filmées par leur soin. Vous l’avez compris, les drones sont, de nos jours, omniprésents, et le marché ne cesse de croître. Retour sur une technologie aux multiples facettes…


Un marché en pleine croissance


D’abord développés pour le secteur de la défense, les drones et les technologies liées à ces objets volants pénètrent avec une croissance impressionnante les autres secteurs civils. Ainsi, Goldman Sachs estimait en 2016 que le marché allait représenter d’ici à 2020 100 milliards de dollars, le secteur de la défense représentant 70% de ce marché, les usages domestiques et de loisirs 17% et les autres usages commerciaux ou liés au gouvernement (hors défense) 13%.

Des prévisions largement soutenues par le Boston Consulting Group qui estime la flotte industrielle à 50 milliards de dollars en 2050 pour plus d’un million de drones.

Parmi les secteurs déjà concernés et qui vont connaître une forte croissance dans les années voire décennies à venir, nous retrouvons l’agriculture, la construction ou encore les assurances.

D’après le cabinet de conseil américain Gartner, le marché des drones à usage personnel va continuer à gagner en taille avec la diffusion généralisée des smartphones et le développement des applications et logiciels liés à ces usages (photographie et films, drones de courses…). Ces drones ont généralement une faible autonomie et ne peuvent pas voler trop loin.

D’autre part, le marché des drones commerciaux est plus petit mais avec un prix unitaire bien plus conséquent que le marché des drones domestiques. A la différence de ces derniers, les drones commerciaux seront plus spécialisés, auront une meilleure autonomie et une plus grande charge utile.

A ce jour, le marché des drones commerciaux et civils est dominé par le chinois DJI (Da-Jiang Innovation, le nom signifiant “de grandes innovations sans limites”), auteur de la fameuse série de drones Phantom destinés à la surveillance, l’exploration ou encore au cinéma.



Vient ensuite AeroVironment, leader du marché pour le secteur de la défense dont le chiffre d’affaires est estimé à 280 millions de dollars en 2017. Une grande diversité d’acteurs s’arrache le marché comme des fabricants de processeurs (Ambarella Inc), des entreprises aéronautiques (Airbus, Boeing, Lockheed Martin) ou encore des startups.

Notons la présence de l’entreprise française Parrot, spécialisée dans les objets connectés, et qui a fait son entrée dans le marché des drones au début des années 2010. Elle est aujourd’hui considérée comme le concurrent principal de DJI en ce qui concerne les drones destinés à faire de la photographie et des vidéos aériennes.


Des usages sans limites


Les possibilités d’utilisation des drones sont infinies, en voici quelques unes parmi celles en forte croissance :

  • Usage militaire : l’utilisation des drones pour le secteur de la défense peut être séparée en trois : la surveillance, la reconnaissance et l’analyse topographique ainsi que l’élimination. Le dernier usage est très contesté compte tenu de son historique mais aussi de la distance qu’elle met entre l’opérateur et la ou les cible(s).

  • Agriculture : deuxième secteur le plus propice à accueillir les drones selon Goldman Sachs. L’utilisation des drones dans l'agriculture est multiple. Ils permettent : de faire de la reconnaissance et des relevés des sols, de jauger les besoins des plantations, de repérer des dommages sur une parcelle et leurs causes… Les drones amèneront l’agriculture vers une version 4.0 en rendant le secteur primaire totalement data-driven. Le BCG estime par exemple qu’à terme, les drones permettront de gérer très précisément l'irrigation et l’utilisation des pesticides réduisant alors les coûts, tant économiques qu’environnementaux.



  • La livraison de colis : utilisation encore en cours de développement, notamment par Amazon, Google et DHL. Le principal soucis auquel font face ces entreprises réside dans la charge utile des drones livreurs, bien trop réduite pour en faire une utilisation rentable. Cet usage répond à des enjeux bien plus importants que la livraison de votre dernier best-seller préféré, puisqu’il permettrait également de désenclaver économiquement des zones difficiles d’accès.

  • Assurances : utilisation évoquée notamment par le BCG et Goldman Sachs. Les drones pourraient faire leur entrée dans le processus d’approbation des demandes. Par exemple, les drones pourraient être déployés pour faire un état des lieux précis des dommages subis par une structure après une tempête, ou encore constater les dégâts sur des véhicules accidentés. Ce serait l’occasion pour les entreprises d’assurance de faire des économies sur un processus très coûteux en temps et en argent.

  • Drones de loisirs & pilotage : tout simplement pour le plaisir de faire voler un objet et pour apprendre à piloter, les cerf-volants du 21ème siècle en somme. Il existe même des courses de drones destinées à des professionnels du milieu. Un marché estimé à plusieurs millions de dollars.

  • Photographie et cinématographie : les drones sont de plus en plus utilisés afin de filmer et prendre des photos. Grâce à ces derniers, les vues aériennes sont bien plus abordables pour les amateurs. Mais leur utilisation se diffuse de plus en plus parmi les professionnels : bien moins coûteux, ils permettent aussi de s’aventurer dans des endroits plus escarpés et prendre des vues accessibles aux hélicoptères et facilitent la réalisation de certains films et documentaires

Et bien d’autres : diffuser du WIFI dans les régions encore sans liaisons internet, surveiller les forêts et repérer les débuts de feux, inspecter les grandes infrastructures comme les oléoducs et surveiller les défaillances et signes d’usure, modéliser les sols et les bâtiments en 3D, assister les secours dans les zones accidentées…


Toulouse, le berceau de la dronautique


Si vous deviez choisir une région pour lancer votre nouvelle activité de drones, c’est bien la région toulousaine qu’il vous faudrait choisir. Région parmi les plus dynamiques, elle est portée par la robotique et l’aéronautique, un mix logique qui explique le boom de la dronautique en Occitanie .

La région se vantait il y a peu de posséder la plus grande volière de drones d’Europe, localisée dans le campus de l’Ecole nationale de l’aviation civile (ENAC). Ce lieu est idéal pour faire des expérimentations sur les drones de petite taille.

Plus globalement, Toulouse est la ville idéale pour accueillir les startups et entreprises du secteur. C’est d’ailleurs à Labège, au sud de Toulouse, que se trouve Delair, société créée en 2011 et détenue à plus de 9% par Parrot. Elle est parmi les leaders dans l’élaboration et la construction de drones professionnels de longue distance (le “hors vue”).

Petit tour horizon du dernier drone de Delair : le UX11


Vous pourrez également trouvez dans cette même zone Sunbirds, entreprise lancée par Laurent Rivière, ESCadrille a accompagné cet entrepreneur dans le lancement de son projet.

Sunbirds est la première entreprise à avoir élaboré un drone à grande autonomie fonctionnant uniquement avec des panneaux solaires : le SB4 Phoenix. Il est destiné aux professionnels et permet de cartographier, surveiller et inspecter de grands espaces.

L’année dernière, c’est The Spinning Bird qu’ESCadrille a désiré accompagner, une autre startup toulousaine en dronautique :


Caractéristiques du drone développé par The Spinning Birds

Caractéristiques du drone développé par The Spinning Birds


Aujourd’hui, Toulouse est d’autant plus prête à accueillir les nouveaux projets innovants en dronautique que ces derniers ont un lieu dédié pour leur développement : la Robotics Place. Créée en 2012, la Robotics Place est un cluster regroupant les entreprises, laboratoires et écoles des secteurs de la robotique et des drones qui propose une synergie afin de développer de manière collaborative des technologies stratégiques du secteur.

Enfin, Toulouse ne serait pas la ville idéale si les acteurs historiques de la région ne soutenaient pas l’initiative et le développement de drones. Au sein de son accélérateur BizLab, Airbus offre un programme d’accélération aux startups les plus innovantes. Parmi ces dernières on retrouve : Airborne Concept, spécialisé dans la construction et les services de drones. Les drones de la société ont la particularité de pouvoir être largués depuis un avion ou un hélicoptère, ils peuvent aussi décoller verticalement ; Aircam, dont le produit principal est un drone d’inspection visant à repérer les dommages et signes d’usures sur les avions. Plus de 700 avions ont déjà été inspectés par Aircam depuis 3 ans ; Diodon, propose de robustes drones à l’armature gonflable, facilement transportables et amphibies. Ces derniers sont destinés principalement à l’armée et aux services de secours et répondent à des besoins multiples.


Le trafic aérien en plein bouleversement


Avec le développement du marché des drones domestiques et commerciaux, les divers accidents ont poussé le gouvernement et institutions concernées à mettre à jour les réglementations qui régissent l’espace aérien.

Ainsi la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) a résumé en une courte vidéo les 10 règles à connaître pour l’usage d’un drone de loisir :



Depuis juillet 2018, une nouvelle législation pour les drones de loisir est entrée en vigueur. Elle vise à réglementer l’usage des engins de plus de 800 grammes. Si plusieurs éléments de cette loi ont été repoussés à janvier 2019, les appareils devront à terme être immatriculés et les utilisateurs devront être titulaires d’un brevet de pilotage spécifique et obtenable en ligne.

Bien au delà des simples utilisations que les particuliers peuvent avoir des drones, l’apparition de ces engins dans le ciel vient bouleverser les habitudes du trafic aérien. Le programme européen SESAR 2020 vise à fournir à l’Europe des systèmes modernes et plus performants de gestion du trafic aérien et prépare ainsi l’évolution des réglementations européennes et mondiales en la matière.

Dans ce programme, nous retrouvons justement le projet CORUS (Concept of Operations for European Unmanned Traffic Management Systems qui a pour but de redéfinir l’organisation de l’espace Very Low Level (VLL), soit en dessous de 150 mètres d’altitude, en intégrant l’usage des drones. L’ENAC, avec d’autres partenaires, est engagé dans ce projet.


Des UAV aux VTOL


Enfin nous ne pouvions terminer cet article sans parler des nouveaux véhicules VTOL(Vertical Take-off and landing) ou Aéronefs à décollage et atterrissage verticaux.

Eux aussi sont destinés à bouleverser le trafic aérien des prochaines décennies, pourtant ils sont bien différents des UAV (Unmanned Aerial Vehicle), nom scientifique des drones, hormis leur particularité de décollage et atterrissage verticaux.

Tout comme les drones, ce type de véhicule a fait son apparition dans l’armée puisqu’il permet d’économiser de la place , de s’affranchir des pistes de décollage et ainsi atteindre des zones difficiles d’accès. De plus en plus ces technologies font leur place dans le secteur civil et se montrent très attractives, l’utilisation la plus populaire étant celle des “voitures volantes”.


Le VTOL X01, premier véhicule de EVA

Le VTOL X01, premier véhicule de EVA


Fin 2017, Electric Visionary Aircraft, startup fondée par Olivier Le Lann s’implante dans la région toulousaine, plus particulièrement dans l’ancienne tour de contrôle de l’aérodrome de Francazal. Une base militaire devenue zone civile en 2011, et qui abrite aujourd’hui des acteurs de renom dans le secteurs du transport comme le très célèbre Hyperloop Transportation Technologies.

Cette société a l’ambition de développer un service de transport urbain aérien en utilisant des taxis aériens autonomes et électriques. L’idée est de fournir un service abordable, directement accessible depuis la rue (à la différence de nombreux VTOL tels que les hélicoptères accessibles depuis les toits d’immeubles) et qui permettra de désengorger les villes. Les premières cibles de cette entreprise ? Les métropoles asiatiques.


Découvrez la dernière infographie d’ESCadrille sur le marché des drones civils