L'intelligence artificielle, une nouvelle donne pour le monde du travail

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Selon le cabinet de conseil PwC, le PIB mondial pourrait croître de 14% d’ici 2030 grâce à l’intelligence artificielle. D’ores et déjà facteur de croissance et de gains de productivité, l’Intelligence artificielle (IA) est appliquée dans de nombreux secteurs par l’automatisation du processus productif car son prix décroît sans cesse. L’intelligence artificielle rend compte aujourd’hui de l’ensemble des technologies qui, par l’informatique, développent des tâches cognitives capables de simuler certains traits de l’intelligence humaine. Par ailleurs, il faut bien différencier l’intelligence artificielle faible qui est capable d’imiter le cerveau humain en le dépassant sans toutefois avoir conscience d’elle-même contrairement à l’intelligence artificielle forte qui est capable, en plus, de développer une conscience d’elle-même - ce qui n’est pas encore d’actualité.

Cette révolution numérique par l’intelligence artificielle provoque de profondes mutations dans le monde du travail. Force est de constater qu’en s’y intégrant, le monde de l’entreprise devra trouver un équilibre pour que l’humain s’accommode à l’IA afin d’éviter une confrontation contre-productive. Le problème est que l’intelligence artificielle est autant un fantasme qu’une inquiétude pour l’avenir des travailleurs. Dès lors, face aux menaces grandissantes de l’IA, comment les entreprises peuvent-elle intégrer l’intelligence artificielle de sorte qu’elle soit au service des travailleurs et non une rivalité ?


La complémentarité humain et intelligence artificielle : une opportunité majeure pour la productivité des travailleurs


L’intégration de l’IA dans le monde du travail est une opportunité majeure pour les travailleurs. L’IA permet d’élaborer des machines capables de réaliser des tâches humaines grâce à la simulation des processus cognitifs humains. Accompagnés de l’IA dans leur travail quotidien, les travailleurs vont pouvoir se focaliser sur leur réelle valeur ajoutée et laisser les tâches répétitives et physiquement pénibles aux logiciels augmentés par l’IA.

Par exemple, dans le secteur médical, l’IA sera révolutionnaire puisqu’elle permettra au médecin de consacrer plus de temps à l’accompagnement du patient. En effet, la revue Nature a publié un article exposant une étude qui montre qu’un ordinateur "peut diagnostiquer un cancer de la peau avec le même niveau de pertinence qu’un dermatologue qualifié, simplement en visionnant 129.000 images de peau". Les gains d’efficacité seraient donc considérables pour le médecin. Toutefois, cela remet en cause la pertinence de la fonction du médecin.

Il ne faut pas prendre l’IA comme une menace au premier abord. Certes, elle risque de supprimer de nombreux emplois à faible valeur ajoutée ou aux fonctions d’organisation. Certes, les robots vont bientôt entièrement faire partie du paysage des usines. Cependant, on constate que le taux d’emploi dans certains pays très robotisés comme la Suisse est fort. Par conséquent, la vision pessimiste de l’IA s’applique pour les entreprises qui sont dans une logique de rationalisation des coûts et qui verront alors l’IA détruire des emplois. Toutefois, si les entreprises sont dans une logique d’innovation grâce à l’IA, les chances que l’humain et la machine échangent leur valeur ajoutée et deviennent complémentaires seront plus grandes. L’homme profitera alors de l’apport de l’IA pour faciliter son travail et réaliser des tâches dont il est aujourd’hui incapable.

Défenseur de la notion de complémentarité entre l’homme et l’intelligence artificielle, Garry Kasparov, champion mondial d’échecs, avait été battu lors d’une partie d’échec par une intelligence artificielle. Selon lui, l’homme seul ne peut pas rivaliser face à une IA, mais l’homme et l’IA sont imbattables.

L’intelligence artificielle va avoir un double impact sur le marché du travail : à la fois sur les emplois peu qualifiés mais à la fois sur les emplois à forte capacité cognitive. L’IA va alors remplacer le travail machinal de l’humain au profit d’un travail qui se concentre plus sur les capacités de réflexion humaine.

L’IA, partenaire des managers


Les managers passent aujourd’hui la plupart de leur temps à gérer des tâches administratives, d’organisation et de planification. A l’avenir, toutes les tâches des managers seront bientôt automatisées par l’intelligence artificielle ce qui rendra plus fiable et efficace le travail du manager. Selon une étude de Harvard Business Review, l’IA demeure 25% plus fiable qu’un être humain pour évaluer le dossier d’un candidat à un emploi. On parle dès lors d’un manager augmenté. Il intégrera les opportunités qu’offre l’intelligence artificielle à son management.

« Un manager augmenté avec l’intelligence artificielle, c’est possible » par Cécile Dejoux

Dans « Métamorphoses des Managers à l’ère du numérique et de l’IA », Cécile Dejoux, co-auteure avec Emmanuelle Léon, met en lumière le nouvel horizon du management grâce à l’intelligence artificielle. Selon cette spécialiste du travail, l’intelligence artificielle apporte de nouvelles compétences managériales telles que celles du « manager agile », du « manager designer » avec les apports du design thinking et le « manager augmenté » avec l’intelligence artificielle. Dès lors, la transformation numérique passe indéniablement par une transformation des managers. Outre les compétences basiques que tous doivent avoir, intégrer l’IA à leur travail demande un développement de nouvelles compétences managériales stratégiques :

  • des compétences digitales pour s’approprier l’intelligence artificielle
  • des compétences d’agilité pour apprendre de nouvelles méthodes de travail collaboratives et utiliser les nouveaux outils numériques
  • des compétences de design thinking pour adopter une façon de penser innovante et différente
  • des compétences de dialogue avec l’IA pour qu’elle devienne le partenaire premium des managers afin d’entretenir une collaboration performante et plus productive

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L’intelligence artificielle va donc accompagner et apporter une aide précieuse aux managers dans leurs décisions plutôt que les remplacer. Ils deviendront alors partenaires. Toutefois, l’intelligence artificielle n’est pas suffisante lorsqu’il faut prendre des décisions qui demandent des informations d’ordre éthique et humain. La stratégie du manager sera alors forgée sur les qualités propres à l’humain comme celles de la créativité, de l’empathie, de l’expérience ou encore de l’innovation. Un bagage culturel étoffé lui permettra de prendre de la hauteur sur son travail. Il deviendra alors un véritable décisionnaire vis-à-vis de l’IA. Seuls les humains peuvent développer des compétences sociales pour créer des réseaux et collaborer. L’intelligence artificielle peut aujourd’hui créer un planning mais ne pourra en aucun cas innover ou créer un esprit d’entreprise.

Par conséquent, l’essor de l’intelligence artificielle permettra aux managers de se focaliser sur les tâches qui demandent une forte valeur ajoutée. Les managers doivent désormais expérimenter pour découvrir le potentiel de l’IA. Le principal enjeu est dès lors de trouver le juste équilibre entre le travail humain et l’intelligence artificielle.


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Une anticipation nécessaire de l’intelligence artificielle dans le monde du travail


LES RISQUES MAJEURS DE L’IA SUR LE MONDE DU TRAVAIL

Selon l’institut CSA, 47% des Français considèrent que l’intelligence artificielle constitue plutôt une menace pour l’emploi et 68% des jeunes pensent que leur travail pourra être à terme effectué par une machine. Ces chiffres sont révélateurs d’une sérieuse inquiétude des actifs en contradiction avec les avancées que l’IA semble pouvoir apporter. Il est vrai que plus l’IA s’installe dans la production, moins il y a d’emplois à faible valeur ajoutée et plus les salariés doivent s’atteler à des tâches qui demandent une haute valeur ajoutée. L’intelligence artificielle menace donc les emplois peu qualifiés peu à peu remplacés par la robotique que ce soit dans le secteur tertiaire, industriel ou agricole. Mais ce n’est pas tout. L’IA engendre également un risque de perte d’autonomie du salarié et un risque psychosocial, d’autant plus que le développement de l’IA progresse plus facilement que la hausse du niveau de qualification de tous les travailleurs. Un écart va alors se créer entre le progrès de l’intelligence artificielle et celui de l’éducation et des qualifications des travailleurs.

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Elon Musk, fondateur de Tesla et de SpaceX, a même mis en garde vis-à-vis des dangers liés à l’intelligence artificielle : « Je n'arrête pas de sonner l'alarme, mais jusqu'à ce que les gens voient des robots tuer des personnes, ils ne sauront pas comment réagir, tellement ça leur paraît irréel. Je travaille sur des formes très avancées d'intelligence artificielle, et je pense qu'on devrait tous s'inquiéter de ses progrès. »


UN TRAVAIL D’ANTICIPATION

Comme pour toute révolution majeure de la société, cette nouvelle mutation du travail doit être encadrée afin de maintenir l’intelligence artificielle au cœur du processus productif sans négliger l’humain. Cela est également important pour ne pas perdre en compétitivité face aux autres entreprises qui auront intégré à leur production l’IA. Comment est-il possible de sécuriser l’intelligence artificielle et de la rendre la plus efficiente possible ?

Le maître mot pour toute révolution majeure est l’anticipation. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, tant pour les machines que pour les emplois, les entreprises doivent aménager leurs structures pour s’adapter aux transformations de la société. Les besoins des secteurs où l’intelligence artificielle s’implantera massivement doivent être détectés rapidement afin d’adapter leur organisation. La révolution numérique doit engendrer une transformation du travail et non des suppressions d’emplois. Selon une étude britannique menée par le cabinet PwC, "l'IA ne va pas créer de chômage technologique puisqu'elle pourrait supprimer et créer un nombre équivalent d'emplois". L'étude prédit une disparition de 7 millions d'emplois, mais aussi l'apparition de 7,2 millions d'autres – ce qui représenterait donc une augmentation d'emplois.

Anthony Goldbloom, fondateur d’une start-up de la Silicon Valley, rassure les travailleurs face aux enjeux de l’IA dans un TED Talk en 2016. Selon lui, même si l’IA s’installe de manière exponentielle dans les processus productifs, les travailleurs ont encore un peu de temps devant eux avant d'être totalement remplacés.





Un des éléments pour réussir cette transition est la formation professionnelle. Face aux évolutions d’emplois et de technologies, l’employeur va devoir assurer l’adaptation des salariés à l’évolution de leur emploi, veiller au maintien de leur capacité sur le marché du travail et assurer la sécurité des salariés. En effet, la durée de vie d’une compétence technique est moins longue d’années en années. Dans les années 70, sa durée de vie était de 20 ans et n’est aujourd’hui plus que de 2,5 années. L’OCDE prévoit même qu’elle tombe à 1 an en 2025. En d’autres termes, les « hard skills » (les compétences techniques) seront à renouveler sans cesse et reposeront en la capacité à se reconvertir rapidement. Les entreprises peuvent alors proposer à leurs salariés des systèmes de formation continue qui permettent de s’adapter à l’IA. La formation continue est nécessaire mais n’est pas suffisante. C’est ici qu’intervient alors le défi majeur des ressources humaines.

UN DEFI POUR LES RESSOURCES HUMAINES

Pour anticiper l’intelligence artificielle et ne pas se laisser dépasser par ce phénomène grandissant, les ressources humaines (RH) doivent prévoir une refonte totale et un repositionnement de la démarche RH. Le manager spécialisé dans les ressources humaines verra une automatisation des processus et une augmentation de la collaboration et de l’accès aux données. Toute une partie du processus sera digitalisée. Les entreprises doivent se doter de la technologie et d’un accès aux données approprié afin d’exploiter pleinement les ressources qu’apporte l’IA. Ainsi, les managers RH pourront intervenir de manière ultra-ciblée auprès des salariés ou s’en servir simplement de base de données pour les entretiens réguliers. La collaboration sera alors grandissante.

Cependant, un problème majeur se pose aux entreprises. Avec l’automatisation du travail, on attend des salariés un apport de leur valeur ajoutée. Dès lors, les employés doivent avoir des capacités intellectuelles développées pour mettre leur valeur ajoutée au service de l’IA. Le défi des managers RH est donc de recruter les bons profils en se basant sur leurs capacités intellectuelles par des tests psychotechniques ou de quotient intellectuel. Il y a alors un risque de barrière à l’entrée pour les postulants qui n’ont pas les capacités intellectuelles suffisantes. Un certain racisme intellectuel pourrait alors émerger. Par exemple, Harvard, dans une démarche de discrimination positive, a mis en place un processus de sélection en fonction des origines raciales de l’étudiant. Les hispaniques avaient alors 130 points de bonus contre un malus de 140 points pour les asiatiques. En effet, Harvard s’est basé sur des études qui montraient que le quotient intellectuel moyen d’un étudiant asiatique est supérieur à 10 points de celui d’un étudiant américain ou européen. Souhaitant maintenir une diversité dans leur école, la seule solution selon eux était d’instaurer un malus. Aujourd’hui, ce processus de sélection a été interdit pour cause de racisme.


De nos jours et ce pour de nombreuses années à venir, les emplois sont et seront en profonde mutation face à l’arrivée grandissante de l’intelligence artificielle. Facteur de fantasme et d’opportunités, l’intelligence artificielle pose une grande incertitude quant au futur de l’ensemble des emplois. Pour gérer au mieux l'arrivée grandissante de l'intelligence artificielle, les entreprises doivent être conscientes de l'ensemble des problématiques qu'elle pose afin de pouvoir en tirer profit.