Comment Nicolas Sarkozy s'envoie en l'air

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A l'occasion de son voyage en Corée comme nouveau Président en activité du G20 Nicolas Sarkozy a étrenné son nouvel avion de fonction. Il s'agit d'un A330-200 acheté pour la modique somme de 90 millions d'euros à la compagnie Air Caraïbes et remis à neuf et aux normes présidentiellles pour 90 millions d'euros de plus. C'est donc 180 millions d'euros qui sont sortis des casses du ministère de la Défense pour remplacer les deux anciens A319 présidentiels achetés par Lionel Jospin et Jacques Chirac en 2000.

Ce nouvel avion sera équipé d'un bureau, d'une salle de conférence, et des moyens de communication les plus modernes ainsi que de leurres thermiques. Mais le vrai avantage de cet avion, comparé à ses prédécesseurs, est son autonomie de 12 500km contre (7500 pour les A319) qui lui permettra de voyager sans escale vers des destinations lointaines.

Cet achat fait suite le remplacement en 2008-2009 des deux Falcon 900 de la flotte gouvernementale par deux Falcon 7X, le dernier jet haut de gamme de Dassault Aviation. Un achat de 2 Falcon 2000 devrait être réalisé avant 2015 pour remplacer les Falcon 50 gouvernementaux.

Ainsi, à cejour l'ETEC (Escadron de l'armée de l'air ayant pour mission le transport des membres du gouvernement) est composé de :

  • 1 A330-200 réservé au transport du président (indicatif COTAM unité), ou éventuellement du premier ministre (indicatif COTAM deux). Il peut aussi servir occasionnellement au rapatriement des résidents français à l'étranger.
  • 2 Falcon 7X
  • 4 Falcon 50 (pou l'instant)
  • 3 hélicoptères Super Puma

La flotte gouvernementale s'est donc largement renouvelée ces trois dernières années alimentant par la même occasion les sarcasmes des journalistes à propos de la volonté du Président de la république de se doter d'un Air Force One à la française. Ainsi, nombre de personnes parlent désormais de l'Air Sarko One. Il est vrai qu'en cette période de restriction budgétaire on peut s'interroger sur le bien-fondé de ce renouvellement. Néanmoins, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

  • Premièrement, le vieillissement du parc aéronautique gouvernemental entrainait des surcoûts au niveau de l'entretien des avions.
  • Deuxièmement l'achat d'un A330-200 d'occasion mais assez jeune (l'avion date de 2004) reste une dépense relativement raisonnable comparée à ce qu'aurait coûté un avion neuf (un A330 neuf coûte 250 millions d'euros au prix catalogue, un A380 330 millions).
  • De plus, la nécessité pour chef d'état français de posséder un bureau de travail volant et doté de toutes les communications modernes nécessaires à la direction du pays en cas de crise majeur est indéniable. Tous les pays développés disposent d'ailleurs de ce genre d'outil (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Japon, Russie et bien sûr Etats-Unis).
  • Enfin qu'un moyen de transport, l'avion présidentiel est un outil de représentation et de communication. Un outil onéreux, certes, mais plus visible et plus impresionnant que le bureau d'un chef d'Etat. On se rappellera par exemple que Georges Pompidou et François Mitterand se déplaçaient en Concorde ce qui ne manquait pas de panache. Ainsi, plus que d'un achat il s'agit bien ici d'un investissement. L'exemple de l'avion américain Air Force One montre également à quel point ces machines sont des éléments du soft power (la puissance douce selon J. Nye), car ces avions marquent les esprits et sont un signe de puissance.

Ainsi, si un nombre de dépenses de l'Elysée sont effictivement sujettes à débat, ce renouvellement n'est pas nécessairement une mauvaise opération pour l'image du pays. Néanmoins, il s'ahit d'une polémique du plus contre M. Sarkozy alors que l'échéance présidentielle approche à grand pas.

Article rédigé par Damien Unal